|
Sylvie Lainé fait partie de ces nouvelles plumes de l’imaginaire français que j’apprécie énormément. En plus d’être quelqu’un d’accessible à la fois à travers son écriture et sur les salons, elle embarque ses lecteurs pour un voyage aux frontières du quotidien. Entrez donc dans son univers, vous en sortirez probablement changés…
Recueil de nouvelles par excellence, Le Miroir aux éperluettes nous entraîne dans le monde d’une auteure qui en surprendra plus d’un. Entre fantastique et science-fiction, chacun de ces textes propose une variation autour du thème de la rencontre et de l’autre, et l’ensemble ressemble à une symphonie classique où l’étrange et le surnaturel, bien que très souvent ténu, tient une place toute particulière. Mais prenons donc maintenant le programme de cette splendide musique que nous propose Sylvie Lainé…
Le recueil commence tout d’abord avec une préface assez intéressante de Jean-Claude Dunyach, qui n’est pas n’importe qui au sein des littératures de genre. Il y parle de psychanalise et de divers autres thèmes avec une poésie qui lui est toute particulière. Mais il nous faut maintenant entrer dans le vif du sujet avec les nouvelles elles-mêmes.
La Bulle d’euze est un petit bijou de mystère et jusqu’au terme de la dernière page on ne sait pas vraiment où Sylvie Lainé souhaite nous entraîner. A la fois SF et fantastique, les éléments imaginaires de ce récit ouvrent à de nombreuses possibilités et le lecteur ne saura pas avant la fin de qu’il adviendra des deux protagonistes au cours de leurs rencontres silencieuses au café.
La Mirotte est une nouvelle de science-fiction pure partie d’un concept assez simple mais pouvant ouvrir à de multiples déviances. Ici ce sont de petits implants qui auraient la capacité de rendre la vue mais bien plus encore. Organisée autour de plusieurs expériences et de leurs résultats, cette nouvelle surprend par la justesse du ton employé et par une fin inattendue…
Thérapie douce reprend la thématique de la rencontre que la seconde nouvelle avait légèrement écarté et l’auteure s’en saisit avec une nouvelle autour de la notion de sentiment amoureux envers un inconnu. Très court ce texte pose certaines questions et il intéressant de s’interroger un peu après sa lecture.
Question de mode est cette fois un texte très atypique sur la notion de conformité sociale où la rencontre de l’autre va jouer un rôle prépondérant. Pour obéir à un diktat social l’héroïne va totalement changer son « look » afin de ressembler à ce qu’elle est censée vraiment être… Tiré par les cheveux ? Attendez de lire la nouvelle, vous ne serez pas au bout de vos surprises…
Un rêve d’herbe est un texte très court (6 pages) mais particulièrement poétique et consistant. Illustrée à merveille par la couverture, je ne vous dirais pas plus sur la trame car sinon elle serait dévoilée, cette nouvelle nous montre à quelle point une rencontre peut « s’enraciner »…
Le dernier texte, intitulé Un signe de Setty, la rencontre est, cette fois-ci, virtuelle et va poser de nombreuses questions au lecteur. Clairement ancré dans le champ de la science-fiction cette nouvelle ouvre toutefois l’esprit du lecteur avec une intrigue poussée. Les échanges entre les deux principaux protagonistes et la machine vont finalement les mener là où aucun d’eux ne souhaitait aller…
Le Miroir aux éperluettes est donc un petit recueil de nouvelles qui voit grand par ses qualités tant littéraires que d’imagination. Aucun lecteur ne sortira totalement neutre de la lecture de ces textes et n’est-ce pas d’ailleurs là le but de tout littérature ? Deuskin Le Miroir aux éperluettes Sylvie Lainé ActuSF 6 € |